Ausstellung: Margrit Herbst (FR)

Dr. Margrit Herbst

 ancienne vétérinaire aux abattoirs Bad-Bramstedt   

“A mon avis, le problème central du „Cas du Dr. Herbst“ n’est pas de savoir si, à l’époque dont nous parlons, c’est-à-dire en août 1999, le diagnostic du Dr. Herbst de l‘ ESB sur des bovins aux abattoirs de Bad Bramstedt  était juste ou bien de savoir s’il s’est  par la suite, donc des années plus tard, révélé être faux. Je pense que le problème central est plutôt dans la manière dont les autorités responsables ont réagi  lorsqu’elle a exprimé des soupçons de symptômes  d’ESB. C’est une leçon que nous devons tirer pour l’avenir, en particulier en ce qui concerne la manière dont sont traités les lanceurs d’alerte“ déclare le  Dr. Dieter Deiseroth, juge au Tribunal administratif  fédéral de Leipzig dans une lettre datant du 30.11.2001.

Jusqu’à son licenciement sans préavis en 1994,  le Dr. Margrit Herbst est employée au  district de Segeberg en Schleswig-Holstein. Elle est inspectrice vétérinaire au Service de sécurité sanitaire du contrôle des viandes et travaille aux abattoirs de  Bad Bramstedt.

Depuis 1990 elle a signalé d’abord en interne ensuite publiquement les symptômes  qu’elle a découverts sur certains bovins  qui ressemblent à des symptômes d’ESB. Les animaux infectés présentent un comportement pathologique qui va en s’aggravant et des troubles de coordination, ils tombent et ne peuvent plus se relever.

Après avoir tiré la sonnette d’alarme, elle constate qu’aucune mesure n’est mise en place pour faire des examens visant à exclure définitivement  ce diagnostic  et que les bovins continuent à être envoyés à l’abattage  et à passer dans la chaîne alimentaire. Elle finit alors par alerter les médias pour exprimer  ses inquiétudes.  Après avoir reçu plusieurs avertissements, elle est licenciée sans préavis en 1994 par son employeur, le Président du district de Segeberg  qui lui reproche d’avoir donné une interview à une chaîne de télévision. La raison invoquée est qu’elle a  violé le sceau du secret auquel elle est tenue envers l’administration qui l’emploie. Elle perd aux prud’hommes. Elle se retrouve au chômage et contrainte à prendre sa retraite prématurément.

Mais elle ne s’avoue pas vaincue et continue de tirer la sonnette d’alarme.

Dans les années 90, l’infection par l’ESB et ses risques de contamination pour les consommateurs de viande contaminée sont devenus un scandale de dimension européenne . L’Angleterre en fut un funeste exemple. Mais même en République Fédérale, où presque tous les experts se vantaient que le cheptel était „propre à la consommation et exempt d’ESB“,  on enregistra après 1998 plus de 100 cas, que les autorités furent amenées à  reconnaître publiquement.

L’attention générale pour le scandale de la vache folle eut pour effet de soulever une vague de protestation contre le licenciement de Margit Herbst et l’attitude des autorités envers elle. Nombre de personnes et d’institutions déclarèrent ouvertement leur soutien à une femme qui avait osé mettre en jeu sa carrière et même toute son existence professionnelle pour sauvegarder la santé de la population et qui avait tout perdu.

Non seulement les pétitionnaires adressèrent une requête à son ancien employeur et à la commission des pétitions du Parlement de Schleswig-Holstein  pour  que Madame Herbst soit  réintégrée dans son ancien service.  Mais ils proposèrent également au Président de la République Fédérale sa candidature à la remise de l’Ordre du Mérite d’Allemagne.  C’est une démarche qui  doit passer par une procédure de propositions – ce qui est loin d’être un modèle de démocratie –  selon laquelle le gouvernement du land de Kiel, donc en fin de compte le premier ministre ou son administration, doit justifier et approuver la candidature proposée.  Le Président de la République Fédérale transmit donc la proposition  à la première Ministre du Land  Schleswig-Holstein, qui était à l’époque Heide Simonis.  En juin 2002, celle-ci lui opposa une fin de non-recevoir. Que s’était-il passé?

Selon Madame Herbst et d’après les déclarations sous serment de son avocat, il s’ensuit que “ aux dires de Madame W-P, le gouvernement du Land de  Schleswig-Holstein serait bien d’accord pour  décerner le Prix de l’ordre du Mérite à Madame Herbst. Mais à condition qu’elle accepte  les jugement prononcés contre elle et qu’elle déclare renoncer à tous dommages et intérêts envers le Land ou le district de Segeberg.  Margrit Herbst et son avocat refusent cette „proposition de conciliation“ , ils estiment  que cela met son honneur en cause.

La „morale“ de l’histoire est que les autorités sont certes bien d’accord pour rendre hommage au  Dr. Margrit Herbst et la récompenser d’un courage qui la rend digne de cette décoration.  Mais avant, il faut qu’elle se mette à plat ventre. Elle doit accepter tous les jugements  prononcés contre elle qui l’obligent à renoncer à tous dommages et intérêts et au droit de réinsertion professionnelle.  En d’autres termes: elle doit renier ses activités de lanceur d’alerte et reconnaître qu’elle a commis une faute grave pour pouvoir être récompensée de son courage d’avoir lancé l’alerte.

Le Dr. Margrit Herbst n’a jamais reçu l’Ordre du Mérite. En revanche, elle reçu le Prix des lanceurs d’alerte de 2001, comme reconnaissance de son engagement pour une démocratie transparente et effective.

 

 Foto: (c) Petrov Ahner   –   Text: (c) Annegret Falter – WBNW e.V.
Whistleblowing – Licht ins Dunkel bringen! – Ein Ausstellungsprojekt von Whistleblower-Netzwerk